1. Quels sont les transferts de connaissances visibles sur le NING
Nonaka et Takeuchi définissent dans leur modèle quatre phases de transferts de connaissance en les associant à leur contexte organisationnel : l’individu, le groupe ou l’organisation. Les transferts de connaissance se réalisent en quatre étapes : la Socialisation, l’Externalisation, la Combinaison et l’Internalisation et ont été schématisés par les auteurs du modèle comme suit :
Figure 1: The SECI model, Nonaka and Takeuchi, 1997
Albers [Albers, 2009] considère lui aussi que les processus de transferts de connaissance peuvent être identifiés à partir des quatre phases décrites par Nonaka et Takeuchi. Il propose une série d’exemples concrets. La rédaction et la présentation de documents écrits s’inscrivent dans la phase d’externalisation. Les conversations entre les salariés d’une même organisation sont un exemple de socialisation. Le tri et l’ajout de connaissances explicites font partie de la phase de combinaison. Enfin, les apprentissages appartiennent à la phase d’internalisation. Ramené au monde de l’enseignement, ce modèle peut être interprété de la manière suivante [Caviale et Bruillard, 2009] :
- La socialisation : elle représente un processus de création de connaissances tacites au travers des expériences partagées. C’est un processus d’ajustement et d’intégration culturelle. C’est le cas lorsque des enseignants échangent sur leur métier, ses valeurs et tentent de découvrir s’ils partagent un même contexte professionnel.
- L’externalisation : elle désigne une explicitation par le discours ou par l’écrit de pratiques ou de croyances et permet de convertir de la connaissance tacite en connaissance explicite. L’externalisation existe lorsque des enseignants produisent pour le groupe des ressources pédagogiques.
- La combinaison : Elle se traduit par un processus de coordination de connaissances explicites individuelles. Elle aboutit à la création d’une ressource nouvelle par rapprochement ou transformation de ressources déjà existantes. Les enseignants qui relaient des informations déjà publiées sur un autre site assurent une combinaison des connaissances.
- L’internalisation : Elle permet de convertir de la connaissance explicite en connaissance tacite par appropriation. Cette dernière étape de transfert de connaissance consiste à enraciner une connaissance explicite. C’est le cas lorsque des connaissances sont réinvesties par un enseignant sous la forme de témoignages sur des pratiques de classe ou par un retour d’usage.
La communauté NING des Clionautes a été créée en décembre 2009. Elle rassemble aujourd’hui 437 membres qui ont postés 2468 publications ou commentaires, réponses à un fil de discussions. Parmi ces 437 membres, nous avons gardé pour les analyses 429 les activités visibles de 429 membres. Nous avons en effet, supprimé les comptes redondants (un même acteur inscrit plusieurs fois) et le compte de l’auteur de la publication.
Parmi ces 429 membres, 233 n’ont aucune activité visible. Le taux de membres invisibles est donc de 54 %. Ce point est tout fait remarquable puisque une asymétrie de l’activité comprise entre 70 % et 90 % est un résultat sans cesse confirmé sur les listes de discussion dès lors que la participation ne revêt pas un caractère obligatoire.
Parmi les 197 membres actifs, nous avons cherché à déterminer de quelle manière se répartissent les taux d’activité dans la communauté ED. Un classement suivant la loi de Pareto donne la répartition suivante :
Nombre de membres |
% |
Nombre de Publications et de commentaires |
% |
Les membres hyperactifs (39) |
19,8 % |
2026 |
82 % |
Les membres actifs (158) |
80,2 % |
438 |
18 % |
Total (197) |
100 % |
2464 |
100 % |
Tableau 1 : Répartition de l’activité des membres selon la loi de Pareto (décembre 2009 - janvier 2011)
Le schéma ci-dessous présente de manière synthétique les différentes phases de processus de transferts de connaissances que nous avons observé sur le NING des Clionautes.

Figure 2 : Représentation des processus de transferts de connaissances sur le NING des Clionautes (Décembres 2008 - janvier 2011)
La phase de transferts de connaissance par socialisation rassemble la quasi totalité de des transferts de connaissance visibles sur le NING. Les membres de cette communauté en ligne utilisent le NING pour discuter et échanger autour du métier d’enseignants en histoire et géographie. En y regardant de plus près, il est possible de constater que les échanges visibles sur le NING permettent aux enseignants en histoire et géographie d’enrichir leurs pratiques professionnelles. Parfois, ces échanges sont à l’origine de la diffusion d’innovations pédagogiques. Les membres du NING échangent également autour des outils numériques qu’ils peuvent mettre en œuvre de façon pédagogique. C’est pour eux une façon d’organiser des co-formations. Certaines discussions, plus rares sont lancées dans le but de clarifier certaines notions théoriques enseignées en histoire et géographie. Enfin, le choix des manuels scolaires est largement débattu et discuté chaque année scolaire.
D'autres résultats vont suivre, n'hésitez pas à commenter ceux-ci en attendant ....
Merci aux utilisateurs du NING des Clionautes qui ne l'auraient pas encire fait, de penser à compléter mon petit sondage en ligne :
https://spreadsheets.google.com/viewform?hl=fr&authkey=CPnf7K8C...
Isabelle Quentin
Albert, J-A. (2009). “A practical approach to implementing knowledge management”. Journal of Knowledge Management Practice, vol 10. N°1, March 2009.
Caviale, O., Bruillard, E. (2009). «Les jeux d’acteurs sur des listes de discussion institutionnelles d’enseignants». Réseaux, vol 27, N°175, La découverte. p.139-176.
Nonaka, I., Takeuchi, H. (1997). La connaissance créatrice. De Boeck université. Bruxelles.
Quentin, I. ; Bruillard, E. (2009). « Le fonctionnement de Sésamath : une étude exploratoire ». In Develotte, Mangenot, Nissen (coord). Actes du colloque Echanger pour apprendre en ligne (EPAL). Grenoble, 5-7 juin 2009. Consulté juillet 2009 à l'adresse: http://w3.u-grenoble3.fr/epal/dossier/06_act/pdf/epal2009-quentin-b....
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Commentaire de Isabelle Quentin le 15 février 2011 à 16:26 Une thèse dure 3 ans, donc j'aurai tout le loisir d'y revenir. Merci pour vos commentaires, ce sont d'excellents éclairages qui me permettent d'éviter les erreurs d'interprétations et de nuancer la présentation de mes résultats.
Ce qui est étonnant c'est que j'ai fait le même travail sur une communauté en économie gestion et que chez eux aussi, le choix des manuels "prennent" de la place dans les discussions.
Commentaire de Emilie Kochert le 15 février 2011 à 10:40 Merci Isabelle pour ce travail très instructif. Juste un commentaire relativement à l'évolution des discussions. Je me dis qu'entre les programmes qui changent à tous les niveaux (collège et lycée) et notre "petit" souci des manuels de seconde qui n'arrivant pas nous devions réfléchir à notre programme avec ou sans manuel ça a en effet pris des proportions surdimensionnées. Alors il serait surement utile pour nous aussi de voir sur le long terme si c'est effectivement une de nos préoccupations principales ou non.
Merci encore
Commentaire de Isabelle Quentin le 14 février 2011 à 16:05
Commentaire de Caroline Jouneau-Sion le 14 février 2011 à 15:53 C'est vraiment chouette de lire cette analyse, et très encourageant ! Cela donne aussi des idées : par exemple nous pourrions aussi développer les discussions autour des notions d'histoire, de géo ou d'éducation civique qui se renouvellent avec les programmes récents, et qui nous posent pas mal de questions. Et puis quand on connaît bien sa discipline, il devient plus facile d'innover je crois car les démarches innovantes, qui développent l'autonomie, l'interdisciplinarité, etc ... demandent à bien être au clair des notions et de leur signification, de la méthodologie de notre discipline.
Je m'écarte de ton étude mais ça montre l'enthousiasme que tu as suscité !
Commentaire de Caroline Jouneau-Sion le 14 février 2011 à 15:48 Bienvenue dans
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